Jeunes algériens, retour à la terre

logo22La Fondation Djanatu al-Arif, qui oeuvre pour le développement durable et le vivre ensemble, a lancé mi-octobre une formation en maraîchage bio. Une façon d’encourager les jeunes algériens à renouer avec les métiers de l’agriculture. Reportage.

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« Tu connais Seyfu ? Et La Crim ? », baragouine Sid Ahmed dans un franglais cassé. Entre un destin de rappeur à Paris ou de fellah à Mostaganem, le jeune homme de 17 ans, maillot de foot italien fatigué et bob à fleurs, hésite encore. Les mains dans la terre à planter de la menthe, la tête ailleurs. Gaspard, le responsable de la formation, râteau en mains, tente de le « ramener sur terre. Tu n’as pas de visa. Tu ne sais pas parler français. Plutôt que de rêver de la France, fais quelque chose ici ».

A ses côtés, Yasser pouffe de rire. « Sid Ahmed, c’est mon khouya, il plaisante. Tous les deux, on veut s’occuper du jardin public de notre village », raconte le jeune homme de 20 ans, vêtu d’une salopette et d’un chapeau de paille.

Fellahs en herbe

Sid Ahmed et Yasser font partie de la première promotion d’une formation en maraîchage bio, lancée le 16 octobre dernier par Djanatu al-Arif. Ils sont en tout cinq jeunes algériens, déscolarisés et sans diplôme, à suivre ce programme de ré-insertion professionnelle. Du matin à la fin d’après-midi, ils ratissent, désherbent, creusent, plantent. Tour à tour, au potager, dans le charmant jardin bucolique, à la pépinière. Ces apprentis fellahs s’initient au compostage, à la production d’huile d’argan, au jardinage, à l’agriculture biologique…

L’équipe de jeunes, qui investit complètement le domaine de neuf hectares, situé dans la Vallée des Jardins à Mostaganem, connaît bien les lieux pour être adhérente de la Fondation. « Il était plus simple pour lancer la formation de la proposer à des jeunes que nous connaissons bien, qui avaient déjà l’habitude de venir ici et donner un coup de main à titre bénévole. Si l’essai est concluant, l’année prochaine la formation sera ouverte à tous et accueillera un plus grand nombre de jeunes », explique Abdellah Benhabib, vice-président de la Djanatu al-Arif.

Ce chantier de ré-insertion professionnelle repose sur un partenariat entre la Fondation, rattachée à la Tariqa al-Alawi, et Chenet, une association chrétienne de France qui promeut l’économie sociale et solidaire. Comme un écho à l’esprit d’ouverture prôné par la confrérie soufie, guidée par Cheikh Khaled Bentounes.

Dignité

La formation en maraîchage bio, dispensée par Djanatu al-arif, est agréée par le Centre de formation professionnelle de Mostaganem (CFPA). A la fin de l’année scolaire, en avril, les cinq jeunes fellahs en herbe recevront un diplôme certifié par l’Etat qui leur permettra de trouver un emploi ou de lancer leur propre micro-entreprise. C’est le cas de Tahidine, un disciple de la zaouia de Mostaganem, qui rêve lui de gérer une exploitation agricole et un élevage bovin. « J’ai déjà une expérience familiale dans ce secteur. Grâce à cette formation, j’espère en savoir plus sur ce métier pour être prêt à m’occuper moi-même de notre cheptel », explique le jeune homme de 20 ans, affairé au compostage.

Ces jeunes n’apprennent pas seulement des techniques de cultures bio. Le chantier est conçu aussi comme une école de la vie. « Il ne s’agit pas seulement de leur apprendre un savoir-faire mais également un savoir-être : une discipline, une rigueur, des notions qu’ils ne connaissent pas ou qu’ils ont peut-être oubliées », souligne le vice-président de la Fondation. « En l’espace d’une semaine, j’ai vu du progrès dans leur attitude. Ils pensent moins à fumer, ils sont plus concentrés », relève Gaspard, membre de l’association Chenelet.

Dans la Vallée des Jardins, on espère redonner à ces jeunes en manque de perspective le goût de la terre… et leur dignité. « Il fallait voir leur regard lorsqu’on leur a donné leur uniforme de travail et outils. Ils se sont sentis considérés. C’est de cela dont les jeunes algériens ont besoin aujourd’hui. Il ne suffit pas de distribuer de l’argent et des crédits, encore faut-il qu’ils retrouvent leur dignité », considère Abdellah Benhabib.

 

 

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